Les Globe Tutos

Comprendre l'économie du spectacle vivant

Et le jeune public dans tout ça ?

Si le spectacle jeune public occupe une place à part dans le panorama du spectacle vivant en général, n’ayons pas peur de dire que c’est le strapontin à côté des toilettes.

C’est un peu provocateur de dire ça. Mais ce n’est pas faire insulte à qui que ce soit que de dire que le spectacle jeune public est encore considéré comme la cinquième roue du carrosse. Et que « les gens sérieux » nous regardent encore comme des pouilleux.

Ce petit coup de gueule passé (ça fait quand même du bien !), essayons de nous situer dans le maquis du spectacle vivant.

La condescendance dont a fait l’objet (et fait encore à bien des égards) le spectacle à destination des enfants n’est pas étranger à son économie aujourd’hui.

On dit souvent que les adultes ne prennent pas les enfants au sérieux. De même, la « grande famille » du spectacle ne prend pas le jeune public au sérieux. C’est ainsi que le spectacle pour enfants s’est longtemps développé loin des radars. Et il s’est structuré hors des chemins balisés. Jusqu’à récemment, il n’avait pas droit de cité dans les théâtres. Et s’il fait son apparition depuis quelques années dans des scènes conventionnées, c’est souvent pour des enfants déjà presque adultes.

Pour les plus jeunes, c’est plus ambigu.

De cette condescendance découle une économie plus précaire. En effet, si c’est pour les enfants, la valeur perçue de cette forme d’art est moindre. Cela n’a pas été sans conséquences sur la qualité des productions en jeune public. Il est plus difficile de produire un beau spectacle, avec de beaux décors, de beaux costumes, … quand on est fauché que quand on bénéficie de moyens plus importants. Si bien que nombre de spectacles pour enfants sont assez médiocres. Manque de moyens et aussi manque d’ambition.

Au passage, c’est peut-être une des raisons pour lesquelles nous gardons nos réseaux fidèles depuis plus de 25 ans.

Nous ne cédons jamais à la médiocrité dans nos créations, ce qui est un combat quotidien.

La perception de la valeur d’un spectacle pour enfants s’étend aussi au public. En effet, il considère bien souvent que s’il peut payer 30€ pour un spectacle à destination des adultes, il voit d’un très mauvais œil le prix d’une place de spectacle pour enfants à plus de 10€ (sauf s’il s’agit de grand spectacle type Le Roi Lion ou Holiday on Ice, mais on entre dans un autre univers).

Pourtant, vu du côté producteur (vous vous souvenez producteur/organisateur ?), les charges sont les mêmes. Les salaires minimum sont identiques, il faut aussi répéter, payer des costumier·es et décorateurices, faire de la publicité, se battre pour arriver à contacter les programmateurs…

Au passage, encore une fois, dans beaucoup de lieux, ce sont des femmes qui font la programmation jeune public. Jusqu’à récemment et la professionnalisation du secteur, on demandait à une assistante de direction ou de production de s’occuper aussi de la programmation jeune public. On n’allait quand même pas créer un poste juste pour ça !

Le bon côté de tout cela, c’est que le créneau a été massivement occupé, côté programmation, par les bibliothèques et médiathèques qui elles, n’ont pas ce prisme condescendant vis-à-vis de l’adresse au public enfantin.

Depuis 25 ans les choses ont bien changé et le marché évolue. Mais il y a encore peu, nous jouions quasiment plus souvent dans des bibliothèques que dans des théâtres. Cependant, ne soyons pas trop sévères. Le spectacle pour enfants commence à être pris au sérieux. Et c’est une bonne nouvelle.

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