Les Globe Tutos

Comprendre l'économie du spectacle vivant

L’intermittence

La plupart des gens qui nous demandent si nous sommes intermittents ne savent pas vraiment de quoi il s’agit. C’est un peu devenu un mantra qu’on agite comme un hochet magique.

Le statut de salarié intermittent remonte à 1936.

Au départ, il est mis en place à la demande des producteurs de cinéma qui avaient le plus grand mal à trouver des ouvriers qualifiés pour leurs décors et costumes. Avant 1958, il n’existe pas d’assurance chômage en France. La plupart des ouvriers préféraient donc avoir un emploi pérenne et stable. Ils ne souhaitaient pas s’engager sur des emplois précaires durant tout juste le temps de la création d’un film. Il fallait donc trouver une solution pour fidéliser ces travailleurs qualifiés.

Au fil du temps, les choses ont bien changé.

A commencer par l’extension du statut de salarié intermittent aux artistes.

Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ? De façon en réalité assez simple sur le fond : un·e salarié·e doit justifier d’un nombre d’heures payées minimum de 507h sur une période de 12 mois. Partant, il ou elle peut bénéficier d’une indemnité journalière sur l’année suivante les jours où il ne travaille pas. Le montant de cette indemnité dépend du nombre d’heures travaillées et du montant des salaires reçus sur la période de référence.

Ne le nions pas, c’est un système de soutien au secteur de la culture (spectacle vivant et audiovisuel) extrêmement généreux. Il est également très efficace pour la richesse de la création. Il est unique au monde. Mais il existe dans d’autres pays des systèmes de soutien au spectacle vivant de natures différentes mais aux objectifs généraux équivalent : permettre un dynamisme de la création sur un territoire.

S’il peut paraître simple de cumuler 507h de travail sur une année, cela ne s’avère pas si aisé quand on vit les choses de l’intérieur. D’autant que, pour ce qui concerne le spectacle vivant, nous vivons dans un marché de l’offre.

Qu’est-ce que c’est qu’un marché de l’offre ?

C’est le contraire d’un marché de la demande ! Ah, la réponse de gredin ! Blague à part, privilégier un marché de l’offre, c’est faire en sorte que l’offre proposée sur un marché soit suffisamment importante pour répondre largement à toute la demande. Concrètement, pour qu’un marché de l’offre fonctionne, il faut impérativement que l’offre soit supérieure à la demande. Cela suppose donc que les offreurs ne trouvent pas toujours preneurs de leur force de travail. Ils vont donc avoir des périodes de non travail, donc de chômage, … L’intermittence est là pour permettre la fluidité d’un tel marché du travail.

Il en va de même pour l’offre de spectacles. Elle est globalement très supérieure à la demande. Les offres de spectacles par les compagnies sont supérieures aux demandes de spectacles par les acheteurs, institutionnels ou privés. Les structures sont donc en situation de fragilité vis-à-vis de leurs clients. Leur capacité de souplesse, c’est l’intermittence, qui leur permet de ne rémunérer leurs collaborateurs artistes ou techniciens que lorsqu’elles ont une commande.

Ces éléments expliquent en partie la susceptibilité du milieu dès qu’il s’agit de réformer le statut d’intermittent. En effet, il permet de stabiliser une population autour d’un projet plus global de démocratisation culturelle.

 

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