Les Globe Tutos

Comprendre l'économie du spectacle vivant

Le coût des places

S’il est un secteur où le prix payé par l’acheteur final est un peu nébuleux, c’est bien celui du spectacle vivant.

Une fois que l’on a fait le tour de tous les éléments qui composent le prix de création d’un spectacle, on peut s’étonner des prix pratiqués par les uns ou les autres. Ceux-ci varient d’un endroit à l’autre de façon ahurissante. En réalité, derrière l’apparente complexité se cache une réalité assez simple. Elle correspond à la structure de diffusion des spectacles.

Les théâtres nationaux, comme la Comédie Française par exemple, ont des troupes à demeure. De ce fait, ils jouent principalement dans leur lieu. Et surtout,ils reçoivent des subventions du Ministère de la Culture dans des proportions importantes. Si bien que le prix des places n’a que très peu à voir avec le coût des sièges.

Plaçons une petite parenthèse sur cette notion.

On entend par coût du siège ce que coûte la production et la représentation d’un spectacle divisé par le nombre de sièges de la salle. Ce n’est pas vraiment un sujet pour les théâtres nationaux. Mais c’est une notion fondamentale pour le théâtre privé.

Revenons sur le cas de la Comédie Française.

Elle a des objectifs de création et de remplissage. Ces objectifs vont l’amener à définir une programmation particulière (ici, la création de pièces dites « du répertoire ») afin de mettre en valeur un patrimoine et attirer le maximum de spectateurs. Ici, on parle moins de finance que de politique. Elle doit toucher un maximum de personnes pour faire rayonner le patrimoine. On lui demande d’attirer le maximum de personnes passe entre autres choses par un prix de vente des places très attractif. Ces établissements seront plus jugés par leur tutelle sur leur capacité à remplir la salle que par le coût total de la création. Même si au final, il faudra équilibrer les comptes en prenant en considération les subventions. Les CDN fonctionnent peu ou prou sur le même modèle économique.

Dans le même registre, on peut s’étonner du prix des places à l’Opéra de Paris.

Cependant, sachez que le prix des places de l’Opéra de New York par exemple est bien plus élevé. Et ce car il tient compte du coût au siège, sans subventions…

Les Scènes Nationales ou Conventionnées fonctionnent également avec d’importantes subventions, nationales ou locales. Mais elles n’ont pas de troupe à demeure. Cela change la donne en termes de coûts de fonctionnement. Mais le modèle fonctionne sensiblement de la même façon. Le fait est que les productions de ces scènes sont très souvent programmées dans d’autres scènes nationales. Cela permet de « financer » les productions et d’irriguer le territoire.

Pour ce qui concerne les scènes de villes, cela va dépendre très largement de la politique culturelle mise en place par la collectivité.

Quand la municipalité en place est très volontariste, elle proposera des prix attractifs. Ce que faisant, elle subventionnera indirectement le secteur. Et ce dans la mesure où au final, elle ne remboursera pas les coûts liés au spectacle par la vente de billets.

Le secteur privé de son côté ne peut pas s’affranchir d’une rentabilité de ses productions. Si bien que le prix des places va refléter le coût de production. Il le fera en fonction d’un plan de financement qui intègre la nécessité de rentabilité. Immanquablement, le prix des places y est beaucoup plus élevé. D’autant que pour remplir leur théâtre, de nombreux producteurs feront appel à des personnes connues qui demanderont donc des cachets élevés. Voyez les prix des billets pour des concerts de musique amplifiée ! Les productions y pratiquent une politique tarifaire qui correspond au prix réel…

Cela explique de façon très schématique les différences de prix entre différents lieux de diffusion.

Nous pourrions également évoquer le différentiel entre le coût réel et la valeur perçue par le spectateur, mais c’est encore un autre sujet…

Retour à l’article principal : Comprendre l’économie du spectacle vivant