LES TROIS PETITS VIEUX QUI NE VOULAIENT PAS MOURIR

Dossier pédagogique à destination des écoles élémentaires

Spectacle pour enfants du CP au CM2

Le spectacle pour enfants « Les Trois Petits Vieux qui ne voulaient pas mourir » en résumé

Public : enfants à partir de 6 ans, niveau école élémentaire
Résumé : Trois clowns se révoltent quand ils reçoivent une lettre les informant que leur mort est arrivée.
Thèmes : Clowns, mort, vie, philosophie, musique, trompette, théâtre, autrice contemporaineLieux de représentation : Lieux de représentation : théâtres, centres culturels, médiathèques, écoles élémentaires , MJC, maisons de quartier, salles polyvalentes, comités d’entreprise…

Une loge de clown de ce spectacle pour enfants

Une journée très particulière

 

« Aujourd’hui… C’est une journée très particulière. »

Ernest, Stanislas et Désiré se réveillent plutôt de bonne humeur, ils se chamaillent bien un peu mais pas plus que d’habitude.

Arrive une lettre : « Aujourd’hui c’est le dernier jour. Votre vie est finie. »

La première surprise passée, les trois clowns décident de faire comme si de rien n’était : « Et puis quoi encore ? C’est n’importe quoi ! »

Puis vient la colère, c’est tout simplement impossible. C’est un gag. Les trois amis n’ont « absolument pas le temps de mourir ».

D’ailleurs ils ont décidé de « vivre éternellement », seulement voilà…

Il va falloir accepter l’idée qu’à la fin de la journée, il y aura la mort, même si on ne sait pas bien à quoi elle ressemble, ni ce qu’il faut emporter, ni si on a eu une « belle vie ».

loge de clown dans ce spectacle pour enfants
loge de clown dans ce spectacle pour enfants

Le parti pris de mise en scène

En matière de spectacle, ma première passion est le cirque et c’est en rêvant de devenir clown que je me suis formé en piste, il y a longtemps, à l’acrobatie, au jonglage et au clown, avant de bifurquer vers le théâtre jeune public.

C’est donc tout naturellement que le texte de Suzanne van Lohuizen m’a donné envie de le monter en mettant en scène trois clowns à qui on demande de quitter la piste et qui refu- sent cette perspective.

Une image s’est tout de suite imposée : les trois Fratellini (Paul, Albert et François) dans leur loge au cirque Médrano, réveillés par le son d’une trompette qui les accompagnera pendant le spectacle en contrepoint musical.

Stanislas, l’intellectuel de la bande, m’évoque la figure du Clown blanc. Ernest, le plus vieux, avec son air bougon, me rappelle l’Auguste un peu naïf. Enfin, Désiré, rêveur et émotif, m’évoque inévitablement le contre-pitre qui amène un contrepoint extravagant à ses deux frères.

Je les imagine, rejouant encore une fois des extraits de leurs numéros, sans le vouloir, par réflexe, parce qu’ils sont clowns et parce que leur seule raison d’être est de jouer ces “entrées“ devant le public, de les travailler, de les peaufiner pour les rendre plus drôles, plus folles.

Voilà donc trois clowns qui veulent vivre éternellement au milieu de la piste mais qui ne sont plus au niveau pour assumer leurs numéros. Il faudra qu’ils se fassent une raison et acceptent de quitter la piste et leurs oripeaux (nez rouges, chapeaux, cos- tumes) pour n’être plus que des légendes, des souvenirs, des images, des histoires qui inspireront d’autres clowns à venir.

Affiche de clown
Le clown chocolat
Clowns au cirque d'hiver

Une histoire de clowns

Nos « Trois Petits Vieux » sont les clowns d’un trio du cirque classique : le Clown (souvent appelé « clown blanc »), l’Auguste et le Contre-pitre.

Si ces trois figures et leurs entrées (les numéros des clowns) ont disparu, leurs empreintes se retrouvent encore aujourd’hui au théâtre et au cinéma.

Si les racines du clown remontent à l’Antiquité, avec les bouffons et les farceurs présents dans les spectacles des théâtres grec et romain, le véritable ancêtre du clown moderne peut être trouvé au Moyen Âge, dans la figure du « Jester » anglais, le bouffon de la cour d’une part , et dans celle du « Pagliaccio » de la Commedia dell’arte italienne, le « paillasse », d’autre part .

On fixe habituellement sa naissance au cirque au 18e siècle en Angleterre et en France avec Joey le clown de Joseph Grimaldi (image ci-contre) qui sera un des premiers à proposer un personnage de clown de pantomimes.

Parallèlement, les cirques engagent des acrobates capables de monter des numéros comiques qui singent les numéros équestres classiques. Le plus souvent le numéro clownesque est basé sur le « ratage » du clown qui s’essaye à faire comme les artistes équestres le précédant en piste.

Petit à petit, le personnage du Clown (aujourd’hui appelé Clown blanc à cause de son maquillage) va exister dans divers numéros comiques au cirque et pas seulement dans le domaine équestre (acrobatie, jonglage, autres).

A la fin du 19e siècle, apparaît le personnage de l’Auguste, grâce à Tom Belling, écuyer acrobate au cirque Rentz, qui crée un personnage balourd habillé de vêtements soit trop grands soit trop petits pour lui, qui est amoureux de l’écuyère indifférente et « rate » tout ce qu’il entreprend.

Ces deux figures comiques du cirque étaient faites pour se rencontrer et le Clown va vite comprendre l’intérêt d’avoir un partenaire plus maladroit que lui et à qui il peut jouer des tours. Naissent ainsi les « entrées » de clown, ces numéros à part entière où le Clown martyrise plus ou moins gentiment un Auguste naïf et maladroit. Le duo le plus célèbre qui incarne cette relation sera celui de Foottit et Chocolat (illustration ci-contre).

Cette configuration en duo restera vivace jusqu’à nos jours tant au cirque qu’au théâtre (Les BP Zoom, les Matapestes, Baccalà, et bien d’autres) ou au cinéma (Laurel et Hardy, Habbot et Costello, Martin et Lewis et même, dans une certaine mesure, De Funès et Bourvil).

Avec les Fratellini (Paul, François et Albert sur l’illustration ci-contre), au début du 20e siècle, nait la figure du contre-pitre qui vient bousculer le jeu du duo. Le Clown reste un personnage plutôt sérieux et intelligent qui tente de dégrossir un Auguste un peu maladroit et naïf mais leurs tentatives sont sans cesse dérangées par les interventions du contre-pitre, second Auguste, qui, non seulement comprend tout de travers mais déclenche aussi des catastrophes ou des délires.

De nos jours, les clowns mélangent allègrement ces trois figures pour créer leurs spectacles et un clown peut très bien être autoritaire dans une partie du spectacle pour se révéler délirant et catastrophique à la minute suivante, toujours pour le plus grand plaisir du public.

Affiche de spectacle de clown
Affiche des clowns Fratellini
Les clowns Gruss

Clown, Auguste et Contre-pitre

A l’aide du tableau des caractéristiques ci-dessous, on pourra s’amuser à chercher parmi les duos comiques du cinéma, de la scène, de la télévision ou des réseaux ceux qui présentent les caractéristiques du duo clown/Auguste en expliquant en quoi l’un rappelle le clown et l’autre l’Auguste. On pourra s’aider de la liste suivante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Duo_comique.

On pourra ensuite s’essayer à la recherche, plus difficile, de trios présentant les caractéristiques du trio clown/Auguste/Contre-pitre.
Clown Auguste Contre-pitre
Qualificatif Autoritaire, digne
Elégant
Aérien
Malicieux
Impertinent, frondeur
Débraillé
Lourd
Naïf
Anarchique
Informe
Désordonné
Gaffeur
Costume Une combinaison très belle qu’on appelle le « sac ».
Des matériaux qui « brillent » (satin, paillettes).
Des bas et des escarpins
Au début un costume de type smoking trop grand ou trop petit.
Puis un costume de ville mal coupé (trop grand ou trop petit)
Des chaussures de ville à la mauvaises taille (trop grandes ou trop petites)
Un immense manteau sans forme, un pantalon trop court ou trop long. Le tout est toujours informe, comme un tas de chiffons en marche.
Des chaussures trop grandes de couleurs.
Parfois une perruque ou un postiche
Maquillage Visage blanc
Oreilles et bouche rouges
Yeux et sourcils noirs avec un sourcil dessiné de manière personnelle et unique : la « signature ».
Visage normal un peu rougeaud
Nez rouge (faux nez ou vrai maquillé)
Traits marqués par le maquillage pour « agrandir » les grimaces
Visage avec beaucoup de maquillage
Traits forcés pour « agrandir » les grimaces
Avec du maquillage trois couleurs (blanc rouge noir) on pourra essayer de se maquiller dans l’une des trois figures.

On pourra aussi chercher des vêtements qui permettent de créer les costumes des trois figures du trio clownesque.

On pourra enfin chercher des figures de clowns contemporains et voir en quoi ces clown reprennent des éléments des trois figures classiques et les mélangent dans leurs maquillages et leurs costumes.

Par exemple, on peut voir ce qu’il en est de : Slava, Arletti, Adèll Nodé-Langlois, Les Nouveaux Nez, Ludor Citrik, Buffo, Housch-Ma-Housch, Emma la clown, Les Semianyki, etc.

« Le clown c’est le poète en action.
Il EST l’histoire qu’il joue. »

Henry Miller

Affiche des clowns Laurel et Hardy
Charlie Chaplin, un clown qui a inspiré ce spectacle pour enfnats

Le clown, poète en action

La mise en scène fait référence aux « entrées » traditionnelles des clowns de cirque dont le comique est essentiellement basé sur la capacité des clowns à « rater » des actions simples, voire quotidiennes :
  • Verser de l’eau dans un verre, ou une tasse,
  • Mettre la table et servir un repas,
  • Planter un clou dans une planche,
  • Transporter une planche ou un seau d’un endroit à un autre,
  • S’asseoir ensemble sur un banc ou une chaise…

Par exemple, on peut voir une entrée musicale classique par le duo clownesque d’Annie Fratellini et Pierre Etaix et analyser la relation entre les deux clowns :

https://fresques.ina.fr/en-scenes/fiche-media/Scenes00566/duo-clownesque- annie-fratellini-et-pierre-etaix.html

Ces entrées classiques sont retravaillées par chaque équipe de clowns pour leur donner une tonalité personnelle. Si on a peu de documents filmés sur ces numéros, les « clowns » du cinéma burlesque ont parfois repris ces « entrées » de cirque dans leurs films.

On pourra voir plusieurs de ces entrées dans Le Cirque de Charlie Chaplin qui rend hommage à cet univers :

L’entrée du miroir cassé, qu’on peut voir dans un document INA du duo Pipo et Zavatta : http://www.circopedia.org/Pipo_and_Zavatta_Video_(1966), est une entrée classique qu’on trouve dans plusieurs films burlesques :

« Je n’écris pas pour les enfants parce que j’ai le sentiment d’avoir une mission mais parce que je me sens encore très proche d’eux du point de vue émotionnel. »

 

Suzanne Van Lohuizen

Affiche de clowns
Les clowns dans ce spectacle pour enfants

Texte, émotions et musique

Le texte de Suzanne Van Lohuizen utilise toute la palette du texte de théâtre : dialogue, monologue, prose, vers, chœur, répétition, etc. Très ouvert, il laisse la possibilité aux acteurs de tisser diverses émotions pour une même réplique, de s’opposer, de diverger pour finalement se retrouver dans une unique phrase chorale, voire une chanson à la mémoire de leur théière.

C’est donc bien à un voyage émotionnel que nous invite l’auteur de la pièce. Pour renforcer ce voyage émotionnel, quoi de mieux que la musique d’une trompette (instrument particulier du clown) qui pourra soit soutenir les émotions du texte, soit les révéler en contrepoint.

Un texte de théâtre riche de possibles

Le spectacle est écrit principalement sous la forme de dialogue et on pourra dans un premier temps découvrir la forme particulière du texte théâtral :

Par exemple, dans un livre on écrit : Je suis fatigué, dit Ernest en baillant

Au théâtre, on écrit : Ernest (en baillant) : Je suis fatigué

En se basant sur la lecture du texte et le repérage des différentes formes de son écriture, on pourra proposer aux élèves de décrire la même situation dans différente forme :

  • en prose
  • en vers
  • en écriture théâtrale

Dans un second temps, on pourra jouer un extrait du texte avec une émotion évidente. Par exemple, la tristesse dans la scène 18 où les trois petits vieux se mettent à pleurer.

On pourra ensuite essayer de reprendre la première scène où les trois personnages disent la même phrase. On pourra se demander s’ils la disent tous les trois de la même façon puis comment on pourrait dire cette phrase dans différentes émotions et quel sens cela lui donnerait.

On peut ensuite essayer de montrer ce qui se passe physiquement quand on ressent une des 4 principales émotions :
  • La joie : mon corps veut bouger, crier, rire, mes yeux s’ouvrent en grand, j’ai envie de chanter, de danser…
  • La peur : mon corps se recroqueville, j’ai envie d’être plus petit, je n’ose pas parler, mes jambes s’affaissent, j’ai froid…
  • La tristesse : mon corps est lourd, j’ai envie de pleurer, j’ai plus de mal à respirer…
  • La colère : mon corps me démange, j’ai chaud, j’ai envie de crier, de frapper, de bouger dans tous les sens …

Et essayer de « jouer » cette scène en impliquant le corps pour rendre l’émotion des phrases plus palpable.

Enfin, on pourra s’essayer à un travail choral pour réussir la dernière tirade de cette première scène de la pièce.

« Nous devrions nous rappeler toujours que sensibilité et émotion constituent le contenu réel de toute œuvre d’art »

 

Maurice Ravel

Affiche de cirque
Clown homme orchestre illustrant ce spectacle pour enfants

Musique et émotions : sur la corde sensible

La tonalité, le rythme, la vitesse d’exécution de la musique sont des véhicules importants des émotions et on peut s’appuyer sur certains morceaux de musique pour découvrir les émotions et vice-versa.

Pour la joie :

Pour la tristesse :

Pour la peur :

Pour la colère :

On pourra essayer d’intégrer ces musiques dans un jeu théâtral corporel et demander à chaque enfant de se présenter devant ses camarades pour dire la phrase : « Nous vivrons éternellement » dans l’émotion que véhicule la musique.

On pourra ensuite faire l’exercice en chœur à 3 ou plus.

Le clown Knie illustre ce spectacle pour enfants
Un clown et son chien
Le clown Yoyo

La vie, la mort… Et si on en discutait ?

Bien que la mort soit traitée dans notre mise en scène comme la fin de trois personnages en scène, le texte de la pièce aborde bien les questions essentielles que tous, adultes et enfants, se posent sur la mort (C’est qui ? C’est quoi ? Est-ce que ça fait mal ? Il y a quoi après ? On emporte quoi ? Il reste quoi ?) et sur la vie (Est-ce que j’ai eu une belle vie ? )

La pièce offre donc une opportunité de discuter sur la vie et la mort et permet aux enfants d’explorer avec leurs adultes (enseignants et parents) ce thème sous différentes formes et différents angles : discussion philosophique, activité artistique plastique, histoire et culture, sciences naturelles, etc.

On peut proposer une discussion aux enfants avant d’aller voir la pièce :

  • Que raconte le titre de la pièce ?
  • Quelle histoire on peut imaginer à partir de ce titre ?

On peut parler des humains confrontés à la mort et expliciter les pratiques :

  • dans différents temps (Antiquité, Moyen-âge, Modernité),
  • dans différentes cultures (en fonction des pays, des religions, )

On peut également rappeler ce qu’est le vivant du point de vue scientifique (animaux, végétaux) par rapport au non-vivant (pierre, eau, air).

Après avoir vu la pièce, on pourra aussi proposer une discussion aux enfants sur le sujet de la vie et la mort :

  • Est-ce que la mort c’est quelqu’un ?
  • Est-ce qu’on peut vivre éternellement ? Pourquoi ?
  • C’est quoi une « belle vie » ?
  • Comment on garde le souvenir de quelqu’un ?
  • Qu’est-ce que les enfants ont retenu de la pièce ?
  • Qui sont les personnages qui restent à la fin ? Qui est mort ?

On laissera chacun s’exprimer en évitant de censurer les réactions des enfants et en tentant de donner des réponses simples et claires aux enfants le demandant.

Et après, il reste quoi ?

Les objets jouent un grand rôle dans la pièce (notamment la théière) et les accessoires des clowns sont également des objets forts.

On pourra ainsi proposer aux enfants de créer des « boîtes à souvenirs » dans lesquelles ils mettront 5 objets évoquant des souvenirs marquants de leur vie.

On pourra définir un thème pour chaque objet : un souvenir d’amitié, un souvenir de grosse bêtise, un souvenir de découverte, un souvenir de grande joie, un souvenir pour moi tout seul.

Les objets pourront être soit collectés, soit construits (dessins, écrits, sculpture, etc.)

Les Fratellini, famille de clowns célèbres
Affiche du théâtre Trotola

Quelques références et liens

A propos des clowns :

La Compagnie Les Globe Trottoirs propose également des activités clowns pour adultes et a élaboré une bibliographie qu’elle propose à ses stagiaires. Vous pourrez la trouver en ligne à cette adresse : https://drive.google.com/file/d/10SrSL0r8Y5xrFOa-dplwz_9gDeEgDdxJ/ view?usp=drive_link

La Bibliothèque Nationale de France et le CNAC ont réalisé un magnifique site sur le cirque avec de nombreuses pages sur le clown : https://cirque- cnac.bnf.fr/fr

Un site plein de ressources à propos des clowns d’aujourd’hui : https:// www.lagrandefamilledesclowns.art/

Le site de l’INA sur le spectacle propose quelques vidéo sur l’univers du clown : https://fresques.ina.fr/en-scenes/parcours/0038/les-clowns.html

Une belle page d’ARTCENA sur les Fratellini : https://www.artcena.fr/ magazine/portraits/lart-des-fratellini

A propos de la musique et des émotions :

Un article de France Musique sur les émotions et les tonalités musicales : https://www.francemusique.fr/culture-musicale/pouvoir-expressif-et-affectif- des-tonalites-86147

Le catalogue de ressources sur les émotions et la musique de l’AC de Reims : https://dessinemoiunehistoire.net/wp-content/uploads/2018/04/catalogue- ressources-emotions-musique-emotions-cycle-1-AC-Reims.pdf

Pour aller plus loin

La Compagnie Les Globe Trottoirs propose des interventions pédagogiques en amont et/ou en aval du spectacle.