ET LA TORTUE DANS TOUT ÇA ?
Dossier pédagogique à destination des écoles élémentaires
Pour enfants du CP au CM2
Le spectacle pour enfants « Et la tortue dans tout ça ? » en résumé
Public : enfants à partir de 6 ans, niveau école élémentaire
Résumé : Les Fables d’Esope racontées, jouées, chantées et bruitées.
Thèmes : Fables, Esope, La Fontaine, théâtre, bruitages, auteur contemporain
Lieux de représentation : Lieux de représentation : théâtres, centres culturels, médiathèques, écoles élémentaires , MJC, maisons de quartier, salles polyvalentes, comités d’entreprise… En intérieur ou en extérieur.

Editorial

Quelle est la fonction première d’une fable ? Comment la mettre en scène et en musique au théâtre ? Comment en donner une lecture neuve tout en respectant l’œuvre initiale ?
Sans prétendre apporter la réponse à ces questions, nous vous proposons quelques clés pour mieux appréhender notre démarche lors de la création du spectacle.
Pour commencer, nous vous proposons de découvrir ou de redécouvrir les multiples versions d’une même fable. Les élèves pourront s’atteler ensuite à des réécritures et adaptations.

Ils pourront également se pencher sur le bestiaire propre aux fables, et se demander pourquoi certains animaux se virent attribuer dès l’Antiquité des rôles spécifiques, qui souvent perdurent encore aujourd’hui dans l’imaginaire de chacun.
Les diverses illustrations de fables constitueront aussi un support d’étude intéressant : les élèves découvriront des œuvres d’époques et d’artistes différents, et pourront même imaginer leur propre illustration à travers la création de l’emblème d’une fable de leur choix.
Pour finir, nous proposons de voyager dans le monde musical du spectacle, à travers la découverte des instruments utilisés, la fabrication de nouveaux, et une initiation au sound-painting.
Nous espérons que ces quelques éléments permettront de mieux apprécier la représentation et d’en prolonger le plaisir en classe.
A tous nous souhaitons un beau voyage dans l’univers du spectacle Et la tortue dans tout ça ?
Les Globe Trottoirs
« Tout cela se rencontre aux fables que nous devons à Esope.
L’apparence en est puérile, je le confesse ; mais ces puérilités servent d’enveloppe à des vérités importantes. »
Jean de La Fontaine
De belles histoires
Contées, jouées, chantées, bousculées par quatre comédiens farceurs, les fables prennent un coup de jeune !
Ils sont quatre, deux filles et deux garçons, comme les fratries de clowns, d’acrobates ou de chanteurs, comme beaucoup de familles de saltimbanques. Ils viennent nous raconter des histoires, ces fameuses fables que tout le monde connaît dans les adaptations de La Fontaine mais beaucoup moins dans les versions d’origine, attribuées à Ésope.
Wolfie, Syd, Harriet et Barry content, jouent, chantent, passent avec souplesse d’une fable à l’autre, d’un animal à l’autre.
Si bien que le loup, comme toujours, mange les moutons, mais remplace également le renard auprès du corbeau. Et il suffit de le vouloir pour que la fourmi devienne un lion qui sera sauvé par une souris, tandis que le lièvre attend avec impatience la tortue qui marche, marche, marche…
Moralité ? Regardons les animaux danser !
Notre parti pris de mise en scène
Selon Mike Kenny, le plus important sur scène est de créer le voyage, de laisser s’exprimer la dimension mythique d’une pièce de théâtre sans trop en faire, sans trop expliquer.
Nous sommes donc revenus aux fondamentaux du théâtre : le texte et le jeu des comédiens, débarrassés de tout artifice technique.
Les décors, les costumes, tout comme la musique viennent souligner l’esprit ludique qui prévaut dans la pièce et jouent avec les codes visuels liés à l’univers des fables : les musées, les reliures à dorures et les bibliothèques avec échelles et rayonnages poussiéreux.

Pour incarner les animaux des différentes fables, les comédiens se coiffent d’un chapeau symbolisant l’animal : un bob anglais pour la tortue, un chapeau melon noir surmonté d’une unique plume pour le corbeau.
Le décor nous permet d’installer rapidement les situations. Un praticable et le lion surplombe le rat, une échelle et le corbeau est perché. Des cadres dorés sont accrochés en fond de plateau et encadrent, tels des trophées de chasse, les chapeaux qui servent à incarner les animaux des fables.
Pour accentuer le côté ludique, les comédiens « bruitent » en direct chacune des fables du spectacle, créant ainsi une ambiance sonore qui dialogue avec le texte, le complète ou en souligne la musicalité. Ils utilisent pour cela différents instruments à vent (sirène, flûte à coulisse, tuyau harmonique) et à percussion (bongo, cymbale, cloches, flex-a-tone, vibraslap, agogo, boomwhacker…)
Nous espérons que ce spectacle fera rire les enfants, sera une bouffée d’air dans le monde un peu étouffant qui les entoure.
D’Esope à La Fontaine
Le mot « fable » vient du latin fabula, qui signifie « propos », « récit ». Il désigne un récit de fiction destiné à illustrer un précepte moral.
L’origine de la fable remonte à l’Antiquité. Dès le VIIe siècle avant J.-C., Hésiode, Ésope et Archiloque introduisent les fables dans leurs récits. Elles mettent presque toujours en scène des animaux et se concluent par une morale populaire. À Rome, le poète Horace en écrivit quelques-unes et le recueil d’Ésope fournit la matière des fables versifiées de Phèdre.
On connaît peu de chose sur la vie d’Ésope. D’origine phrygienne, il aurait vécu au VIIe et VIe siècle av. J.-C. Selon la légende, il fut l’esclave de plusieurs maîtres, puis, affranchi, voyagea en Afrique et en Orient. Chargé par Crésus de porter des offrandes au temple de Delphes, il dévoila les fraudes commises par les prêtres d’Apollon.
Ceux-ci se vengèrent en l’accusant du vol d’une coupe en or consacrée au dieu. Ésope fut jugé et condamné à être jeté du haut d’un précipice. Après sa mort, le malheur, dit-on, s’abattit sur Delphes et ses habitants. Ésope est considéré comme le créateur du genre de la fable.
Les fables d’Ésope traversèrent le Moyen Âge sous le nom d’ysopets et la poétesse Marie de France, au XIIe siècle, en donna un recueil. Chez les premiers fabulistes, seul importait le fond. Avec les fables des poètes Rutebeuf et Clément Marot, le souci de la forme devient plus sensible. Au XVIIe siècle, Jean de La Fontaine, porte à sa perfection ce genre poétique avec ses trois recueils de fables (parus en 1668, 1678 et 1694) qui connaîtront un immense succès dès leur parution et resteront un modèle du genre souvent copié, rarement égalé.
La fable peut être écrite en vers ou en prose.
Elle se compose généralement d’un court récit, dans lequel interviennent un narrateur et un ou plusieurs personnages fictifs, et d’une morale qui correspond au commentaire que fait le fabuliste à propos de l’histoire racontée. Sa place n’est pas fixe. Elle figure parfois au début de la fable, mais peut aussi conclure le texte. La morale n’est pas toujours exprimée, elle reste parfois implicite.
La fable peut exprimer une critique ponctuelle, dirigée contre quelqu’un de précis. Certaines fables de La Fontaine s’attaquent ainsi sans les nommer aux représentants du pouvoir contemporains du fabuliste. Mais elle peut aussi transmettre une vérité générale. La moralité prend alors la forme d’une maxime.
Le recours à des animaux plutôt qu’à des personnages humains dans les fables de La Fontaine sert souvent à masquer les attaques de l’auteur. Le roi peut être par exemple symbolisé par un lion, auquel se rattachent la sagesse et le pouvoir mais aussi l’orgueil. Il est donc important de noter le fort caractère symbolique des personnages de fables.
Plus d’informations : https://gallica.bnf.fr/essentiels/fontaine/fables/tradition-fable
Une fable peut en cacher une autre
On pourra dans un premier temps comparer plusieurs versions d’une même fable. Prenons pour exemple Le Corbeau et le Renard. Le spectacle est basé sur la version d’origine, celle d’Ésope : http://expositions.bnf.fr/bestiaire/pedago/antho/10.htm
Jean de La Fontaine, bien plus tard, s’en inspira et rendit célèbres les aventures des deux compères : http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/corbrena.htm
Les élèves pourraient alors mettre en miroir ces deux versions et en dégager les différences notables.
Pour égayer cet exercice, on pourra également porter à leur connaissance la plaisante fable du poète contemporain Guy le Ray, La rencontre du Corbeau et du Renard : http://staouelifamily.eklablog.com/fables-c1047935
Les élèves pourront ensuite être initiés au procédé de réécriture.
En respectant la forme littéraire propre à la fable, ils pourront écrire un récit qui précède, succède ou encore actualise les évènements relatés par une fable de leur choix (par exemple Le Lièvre et la Tortue, Le Lion et le Rat, ou encore Le Corbeau et le Renard).
Les plus grands pourront réécrire des fables sous forme de dialogues théâtraux puis les mettre en jeu.
Le bestiaire des fables
Il serait également intéressant de se pencher sur le bestiaire propre aux fables, et d’élaborer des fiches comparant les caractéristiques des animaux dans la réalité, les symboles qui leur sont rattachés, et les rôles qui leur sont attribués dans les fables.
Prenons pour exemple le renard :
| Dans la réalité | Symbolique | Dans les fables |
| · Roux · Carnivore · Bon chasseur · Fin stratège |
· Démon du feu · Ruse · Hypocrisie · Corruption · Art de la séduction |
· Cruel · Rusé · Hypocrite · Flatteur |
Voici une encyclopédie en ligne qui recense les animaux et leur description : https://www.diconimoz.com
Ainsi qu’un remarquable dossier sur les animaux dans les fables de La Fontaine : https://www.circonflexe.fr/catalogue/documentaires/les-animaux-de-la-fontaine
On pourra également envisager un travail théâtral sur l’incarnation animale, en tra- vaillant notamment sur la posture du corps, la gestuelle, les expressions, le langage etc…
Des images à foison
De nombreux peintres, graveurs et dessinateurs ont entrepris d’illustrer les fables de La Fontaine. Certains même y ont consacré leur vie !
Les élèves pourront ainsi découvrir, entre autres, les œuvres de ces illustrateurs de La Fontaine :

- Gustave Doré
- Jean-Baptiste Oudry
- Christian Richet
- Willy Aractingi
- Benjamin Rabier
mais aussi les œuvres de :
- Arthur Rackham
- Walter Crane
- Milo Winter
- Charles Robinson
- Alice et Martin Provensen
Ils pourront les étudier, les décrire, les comparer, exprimer et argumenter leurs préférences.
Voici un lien qui présente les différents illustrateurs de La Fontaine ainsi que leurs illustrations : www.lafontaine.net/illustrations/ illustrateurs.php?id=90
Enfin, l’emblème était très en vogue au XVIIe siècle, et intimement lié à la fable.
Comme elle, il est structuré en 3 parties :
- le titre (qui correspond à la formule qui ouvre la fable)
- le motto (qui correspond au récit de la fable)
- l’épigramme (qui correspond donc à la morale).
La morale : un regard citoyen
Il serait intéressant de clôturer cette première partie en organisant un débat sur les différentes notions abordées dans des fables choisies, et de porter ainsi un regard citoyen sur ces œuvres littéraires.
- Que ressentent les personnages ?
- Qu’auraient-ils pu faire pour s’éviter des ennuis ?
- Quel sens revêt la morale ?
- Les élèves ont-ils déjà vécu une situation identique dans la vie ?
De la fable à la musique
Le spectacle consacre une part importante au jeu des instruments à vent et à percussion. Il serait possible de les faire découvrir aux élèves à travers une présentation de chacun d’eux, puis d’un exercice de reconnaissance de sonorités.
On pourra ensuite initier une réflexion sur les procédés de mise en musique d’une fable. À cette occasion, il serait intéressant d’échanger avec les élèves sur le timbre des instruments et sur les ressentis ou idées qu’ils peuvent susciter chez chacun d’eux.
Pour prolonger ce travail, on pourra tenter de définir la frontière qui sépare la reproduction d’un son réel (musique imitative) et le symbolisme musical (musique figuraliste) : prenons pour exemple le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns : dans le 9e mouvement (Coucou au fond des bois) la clarinette (qui joue en coulisse pour un résultat lointain) imite le chant du coucou.
En revanche, dans le 7e mouvement (Aquarium), l’eau est symbolisée par les arpèges des pianos. L’arpège n’imite pas du tout le bruit de l’eau, c’est une convention : son écoute évoque à l’auditeur un ruissellement.
Vous trouverez ici des informations à ce sujet : http://digital.philharmoniedeparis.fr/contexte-musique-et-nature.aspx
On pourra également faire fabriquer par les élèves des instruments de musique : http://musicien-intervenant.net/page_CE2%20FLORENCE%20fabrication% 20instrumentale%202.htm (pages 2 et 3).
Une activité de sound-painting serait ensuite envisageable: tandis qu’un « lecteur » lit la fable, un « chef d’orchestre » la met en musique à partir des instruments fabriqués.
Voici le lien d’un site expliquant d’une manière détaillée le principe du sound-painiting : www.petitsateliers.fr/musique/soundpainting/

