Une vieille sorcière usée mais encore vindicative et un ogre famélique se retrouvent à la retraite, enfermés dans un asile. Les deux créatures décident de s’évader pour terroriser une dernière fois les braves gens et jettent leur dévolu sur une petite maison où réside, pour les vacances, une petite fille nommée Nina.
Chez « la Tante Pissenlit », que Nina surnomme ainsi à cause de sa soupe et de son « poireau » sur le menton, Nina s’ennuie et n’a que sa peluche et son imagination pour se distraire. Elle rêve tant qu’elle finit par se persuader que sa tante est un monstre. L’ennui fait place à la peur qui s’accroît encore lorsque la tante confisque la peluche de Nina.
L’ogre et la sorcière surgissent dans la maison pour terroriser Nina, qui n’a peur que de sa tante. Les deux « créatures » vont alors aider la petite fille à récupérer sa peluche et auront le plaisir de faire peur une dernière fois à la Tante Pissenlit avant de regagner le paradis du monde des contes.
Comme à son habitude, Nathalie Saugeon traite avec sourire et générosité de thèmes importants : la peur, l’amour, le sens de l’existence, la mémoire et le rapport des hommes au temps.
Pour donner corps à ce voyage dans le passé et dans la mémoire, nous avons puisé dans nos propres souvenirs d’enfance. Nous avons décidé de créer un décor chargé de souvenirs pour la maison de la Tante Pissenlit qui semble elle-même sortir d’une carte postale Yvon de la fin des années 70.
Les deux créatures sont, elles aussi, des échos de notre enfance. Elles nous rappellent les films muets des années 30 avec leurs acteurs grimaçants qui nous faisaient tant rire - quand ils ne nous faisaient pas peur.
La peur justement, il fallait jouer avec elle. Et pour cela, quoi de mieux que les ombres de nos deux « monstres » qui sautillent au gré de leurs « activités de reconversion » et trahissent bien leur crainte d’être devenus à tout jamais inutiles.
Dans nos souvenirs, la peur naissait de l’ombre bien sûr mais aussi de l’inconnu et nous avons pris beaucoup de plaisir à jouer aux fantômes avec des draps blancs, à cache-cache avec les portes du décor, avec les bruits et les voix qui surgissent tantôt à cour, tantôt à jardin.
Au milieu de tant de peur, il faut beaucoup d’amour pour tenir ou s’enfuir. Alors, après avoir dansé et chanté, nos deux « monstres » amoureux s’envolent (presque) vraiment, dans un ciel plein d’étoiles, comme sur ces lanternes magiques qui, la nuit, nous permettaient de nous endormir et de faire de beaux rêves.
Nous avons conçu un dispositif permettant de passer d’un univers à l’autre de manière fluide, presque instantanément. Cette fluidité permet aussi de rendre compte de la simultanéité des scènes.
Le décor est conçu autour des deux principaux lieux : la maison de la Tante Pissenlit et la maison de retraite. Chaque lieu occupe une moitié du plateau. Ces deux espaces s’unifient lorsque l’ogre et la sorcière « atterrissent » dans la cour de la tante en s’emmêlant dans les draps.
L’Ogre et la Sorcière, venant du monde fantastique des contes, mais aussi du passé, sont des personnages de film en noir et blanc évoluant dans l’univers aseptisé totalement blanc de la maison de retraite. La Sorcière, avec son équipement classique (costume et balai, pomme empoisonnée, …), semble tout droit sortie d’un vieux film d’horreur (La Fiancée de Frankenstein, La famille Adams,…). L’Ogre, souple comme de la guimauve, porte un costume étriqué d’une élégance surannée qui évoque les personnages des films de « slapstick ».
Georgette la Chaussette

Ogret Rispou

Nina

Tante Pissenlit

Cordio Niniche

Nina et la Tante Pissenlit appartiennent au monde réel, au monde des couleurs. Elles sont franches et vives pour Nina qui est habillée avec des vêtements d’aujourd’hui. Pour la Tante, digne sœur de la famille Deschiens, les couleurs sont chargées et un peu passées ; elle a arrêté d’évoluer et néglige son apparence, ce qui constitue une des nombreuses sources de peur de Nina.
Outre la musique qui accompagne naturellement certaines scènes comme la danse classique ou africaine, nous avons choisi de créer un univers sonore qui renforce l’ambiance étrange des rêves de Nina.
Pour ce faire, l’ensemble des bruitages a été réalisé à partir de voix humaines. L’objectif étant de mettre en valeur le caractère fantasmé de ces rêves et de donner à entendre l’imaginaire de l’enfant de même façon que les décors permettent de voir au travers de son regard.
Enfin, nous avons apporté un soin particulier aux voix off qui doivent venir soutenir la mise en espace du spectacle (voix de l’interrogateur donnée en direct et venant de nulle part, voix de Nina et de la Tante provenant de leurs maisonnettes). Là encore, pour donner à entendre les voix au travers des oreilles de Nina, la voix de la Tante est déformée dès que la petite fille se met à fantasmer sa tante comme étant devenue une ogresse.
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Mis à jour le 28/12/2011 |