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Vous présentez combien de spectacles en alternance ?
Anne : Nous avons Conte en vrac, notre premier spectacle qu'on tourne toujours, c'est une version de Blanche neige, un peu dynamitée, avec une interaction permanente avec le public, il n'y a pas du tout de « quatrième mur ». Mais même s'il y a cet échange avec le public, le spectacle reste de notre côté, ce n'est pas une animation.
Jean-Christophe : On n'aime pas trop quand le public monte sur scène, par exemple, ça brouille la frontière. Le principe pour nous c'est de montrer l'histoire, en vrac peut-être, mais en gardant l'unité et la rigueur d'un spectacle à part entière. Nous tournons aussi avec L'Empereur et le Rossignol, une adaptation du conte d'Andersen, où nous avons intégré une partie chantée importante et de la création audiovisuelle puisque le rossignol mécanique est incarné par des images de synthèse.
Anne : Nous tournons aussi, moins souvent parce qu'il est beaucoup plus lourd, un spectacle qu'on adore : Drôle de frousse !. C'est un texte de Nathalie Saugeon. Cela faisait des années qu'on lui demandait une pièce pour nous, mais elle trouvait trop compliqué d'écrire pour le jeune public. Après avoir vu L'Empereur et le Rossignol, elle nous a dit qu'elle avait une idée pour nous : l'histoire d'un ogre et d'une sorcière qui sont trop vieux et qui veulent, avant qu'on les mette à la retraite, faire peur une dernière fois. Bien sûr, on lui a dit « vas-y » et elle nous a écrit Drôle de frousse !, qu'on a créé au printemps 2009. J'aime vraiment beaucoup ce spectacle mais il va avoir la même carrière que Sacré Silence. Il a une esthétique moins « fun » que les autres. On a eu des réactions assez divergentes, certains ont adoré, d'autre ont détesté. C'est une écriture très spécifique. Par exemple, le début du spectacle est totalement cinématographique, le plateau est partagé en deux et il se passe, en alternance, quelque chose côté à cour et quelque chose à jardin. Au cinéma, on aurait eu un montage alterné ou un split screen, au théâtre, c'est plus compliqué. Nathalie écrit des choses assez difficiles à réaliser : les personnages volent, il y a un arc-en-ciel, etc. Dans un gros théâtre avec des cintres et une dizaine de régisseurs plateaux, ce serait envisageable, mais dans un théâtre moins équipé, c'est nettement plus compliqué. Techniquement et narrativement, ce spectacle est complexe, le décor est énorme (4 à 5 heures de montage) et il est plus compliqué à faire vivre. On ne le joue environ qu'une quinzaine de fois par an.
Jean-Christophe : Nous travaillons aussi sur la création de Le Loup et moi, une adaptation du Petit chaperon rouge. Ce prochain spectacle se situera dans un univers très différent de ce qu'on a fait jusqu'à présent, puisqu'il n'y a pas de texte, c'est du théâtre gestuel. On est parti du principe que le public avait une connaissance suffisante du Petit chaperon rouge pour "raccrocher les wagons" sans problème. Sans doute traumatisés par le décor de Drôle de frousse ! qui pèse 250 kilos, on est parti sur un décor en osier, nettement plus léger !
Anne : Il est notamment composé d'une grande jupe en osier dans laquelle il y aura la grand-mère. Elle sera ainsi la grand(e) mère dans les deux sens du terme, la jupe sera son vêtement et sa maison. Le loup rentrera dans sa jupe, la mangera de l'intérieur et elle disparaîtra, le loup réapparaissant à sa place. Le petit chaperon rouge rentrera à son tour sous ses jupes, etc. La fin n'est pas encore décidée mais je pense qu'il n'y aura pas de chasseur. On jouera avec un orgue de barbarie en direct, la musique aura une place très importante dans ce spectacle. Certains cartons d'orgue existants collent bien et on est en train de travailler avec des musiciens afin qu'ils puissent nous adapter pour carton, les autres musiques sur lesquelles nous avons travaillé. Le problème c'est que pour un orgue de barbarie il n'y a que vingt-sept notes, donc c'est assez limité, il y a très peu de basses, très peu de possibilité d’harmonies, il manque certaines altérations, mais on va y arriver.
Jean-Christophe : J'avais très envie de retrouver l'atmosphère du film Les enfants du paradis, avec ce côté pantomime et orgue de barbarie. Il n'y aura rien de moderne dans Le Loup et moi, on aurait pu jouer ce spectacle il y a cent ans, techniquement parlant. On aime bien changer de style, ce qui déconcerte parfois nos programmateurs, mais autrement, on s'ennuierait trop.
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Mis à jour le 11/05/2012 |